Tuesday, 30 January 2018

Racines Judéo-Chrétiennes de la Trinité

Traduction réalisée à l’aide de Shaad Rangila, avec mes remerciements. Cette traduction éclaircie quelques phrases dans la version originale publiée en anglais le 8 mai 2017 que vous pouvez toujours consulter ici.

Comme les lecteurs de mon blog peuvent l'avoir remarqué, je sais que je peux paraître difficile à cerner exactement sur mes avis sur “la Trinité”. Ce n’est pas parce que j’aime l'ambiguïté - la raison en est que mon avis ne se conforme pas aux simples catégories que je connais actuellement, et je continue à l’affiner.

Mon avis consiste à distinguer deux composantes ou phases distinctes : une « mutation » Judéo-Chrétienne pendant la première siècle, suivi, vers la fin du quatrième siècle, d’une préservation Hellénistique de cette mutation (cette préservation pouvant être désigné “mutation” aussi). Tous les deux sont des effets herméneutiques, mais fonctionnent différemment.
Dans le Nouveau Testament, Le Père, Le Fils et Le Saint Esprit dominent. La réflexion religieuse dans la pensée Juive n’a jamais été exprimée d'une telle façon ou force, mais c’est la réalité ordinaire et évidente que nous trouvons dans ces premiers textes Chrétiens (y compris les premiers textes non-canoniques, tel que la Didaché).
Le titre de cet article mérite un mot d’explication. Ce que je suis sur le point de trop simplifier est l’arrivée d’un « Moyeux Trinitaire » Juive dans leur univers et discours religieux. Il n’est pas un produit purement Hellénistique (même si Tuggy est correct d’affirmer une influence des Triades Divines sur le développement du Trinitarisme chrétienne par la suite). Toutefois, il est faux aussi d’affirmer que la seconde phase, plus hellénistique, est arrivée aussi tôt, à savoir que Dieu même est Trinitaire. Non, tout d’abord, la foi se transforme, en prenant une structure organiquement trinitaire. Deuxièmement, le concept de Dieu s’y conforme en adoptant une structure Trinitaire interne à l'être qu’on peut appeler “Dieu”.
Qu’est-ce qui se passe dans la première phase ? L’espace religieux généralement accordé par les Juifs à Yahweh seul, ce « moyeux », ce centre, le cœur, le noyau ou tout autre synonyme que vous pourrez préférer, est venu à partager avec les Deux autres (mon expression favorisée de « moyeux » permet en plus l'idée de mouvement d'éléments dépendants autour de ce centre, voire d'une interaction avec ceux-ci).

La mutation du premier siècle, Le Moyeux Trinitaire, fait sens de :
● L’occurrence imprévisible de l’événement eschatologique de la résurrection, la résurrection du Messie et le fils de Dieu.
L’absence physique du Messie élevé peut seulement signifier qu’il est exalté, régnant à la Main Droite de Dieu
L’effusion eschatologique du Saint Esprit habilitant Le Peuple de Dieu d’avancer l’inévitable Royaume victorieux anticipé par la victoire du Christ sur la mort et le mal pendant le week-end de Pâque.
Entre les deux mutations trinitaires, il y a beaucoup de débats houleux dans l'église, particulièrement sur le statut exalté du Christ lorsque le mouvement dépasse rapidement ses racines Juives et investit définitivement l’empire Romain. Ce dépassement est aussi inconsciemment une herméneutique car tout en débattant la subordinationisme, par exemple, et en essayant de comprendre ce que Le Christ signifiait lorsqu’il a dit « le Père est plus grand que Moi » (Jean 14 :28), une autre menace se cachait dans les ombres. En affirmant une interprétation des paroles du Seigneur sans la nuance nécessaire à sa déclaration, l'idée de racine judéo-chrétienne initiale (exprimée en discours religieux tri-central) est menacée, à l’intérieur de la nouvelle religion qui organise le débat. Cette institution cherche naturellement en parallèle une stabilité. Si l’Eglise devait admettre que l’Un était supérieur qu’un Autre, alors celui qui est inférieur va aussi glisser de plus en plus loin de l’espace du Centre Divin. Cela rendrait la mutation délicatement équilibrée en déséquilibre. À un certain point, les mots Trias et plus tard Trinitas émergent afin d'établir le Centre avec un terme de référence, même si Dieu lui-même reste initialement Un de ces Trois.
Lorsque les événements nécessitent une sorte de résolution à cette crise au quatrième siècle, c'est la réponse aux subordinationists qui prévaloit. L’Orthodoxie - si nous pouvons la personnifier - a dû faire face au paradoxe inhérent du Consile de Sirmium. Ce concile affirme explicitement le paradoxe sans résolution : la tâche centrale de l’église de toujours préserver la Trinité et que le Fils est inférieur au Père (c’est lui qui l’a dit !). Ces deux points de vue ne sont pas compatibles. Puisqu’il était en effet essentiel que la Trinité doit être « préservée » pour toujours (ou peut-être « pratiquée » aurait été plus fidèle encore aux textes du Nouveau Testament), il était impossible qu’un membre de la Trinité soit supérieur à un autre, là où “la grandeur” porte un symbolisme non seulement de grandeur ou de gloire en soi, mais de positionnement central.
Ce serait donc une simplification excessive par le Rapport Minoritaire des Unitariens d’insister que Dieu est Un, Dieu est Un, Dieu est Un, jusqu'à ce qu'une permutation théologique séismique bouleverse le concept de Dieu en Trois vers la fin du quatrième siècle. Ce serait une image impossible et beaucoup trop déstabilisante pour l’église. Non, nous devons commencer plus tôt que le Nouveau Testament et d’abord affirmer que le Dieu "monothéiste" des juifs était identique à l'espace qu'il a occupé au Centre de leur religion, et tout ce que cela leur aurait évoqué sur le plan identitaire, coutumes et rhythmes réligieux de ce peuple éparpillé. Deuxièmement, la foi s’évolue imprévisiblement pour représenter Père, Fils et Saint Esprit au centre actif de la foi, le moyeux. Troisièmement, l’espace central du moyeux est de nouveau réconcilié avec l’être de Dieu, comprenant maintenant trois "hypostases".
Les Unitariens chercheront à montrer l’erreur drastique de dire Dieu n’était qu’un puis est devenu trois beaucoup plus tard. En adoptant ce raisonnement inabouti, ils manqueront, selon moi, la nature organique du développement. C’est justement par mettre la lumière de l’herméneutique sur le développement que j’essaie d’éviter ce piège. Le chiffre « Trois » peut être vu comme une menace aux Unitariens, donc ils n'ont pas tendance à se focaliser sur la possibilité d’un Centre Tripartite si précoce. Peut-être eux aussi, ceci est en réaction aux pratiques de certains Trinitariens qui aiment confondent la foi trinitaire avec le Dieu trinitaire. Mais finalement c'est les deux camps qui courent ce risque, ce risque donc d’ignorer que les églises du premier et du quatrième-siècles partagent un centre trinitaire.
Les crédos du quatrième et du cinquième siècle, aussi ontologiques qu'ils puissent paraître, devraient être considérés comme porteurs d’objectif, d'un à défendre - avec acharnement - le Centre Trinitaire enraciné dans l'église juive du premier siècle, au moyen des outils philosophiques disponibles à l'époque. Ces outils s'avèrent métaphysiques et semble être des constats simples, alors que dans la réalité, ils sont chargés d'objectifs bien plus profonds, comme ceux donnés à Sirmium, par ses interlocuteurs proto-orthodoxes.

John Bainbridge - Merci de votre intérêt ! Toute remarque ou question sont les bien venues. 

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